Décoller les étiquettes du front de nos enfants.

Vous avez remarqué tous les gamins qui se trimballent avec des post-it sur le front ? Un peu façon sept nains : grincheux, joyeux, dormeur, mou-du-genou, gourmand – comme-sa-mère, timide-il-se-cache-tout-le-temps. Il y en a pour qui il faut des gros post-its du coup. Donc des grands fronts. Bref, je m’égare.

L’idée, c’est que dès leur plus jeune âge, les enfants sont étiquetés.

POURQUOI ON FAIT ÇA ?

  • Parce qu’on a besoin de contrôler et faire taire ainsi nos angoisses : faire entrer quelqu’un dans une case, ça nous donne l’illusion d’avoir le mode d’emploi pour répondre à son comportement. Par exemple, petit-chaton-des-bois aime manger. Donc il est gourmand. Donc il est susceptible de vouloir trop manger, et des trucs bons en plus. Quelle idée bizarre. Donc au goûter, c’est eau et pain sec. Hop, mieux vaut prévenir que guérir.
  • Parce qu’encore une fois, on ne sait pas décrypter les émotions de nos enfants. Dire qu’un enfant est colérique, timide, surexcité, mou, ça veut juste dire qu’à un moment précis, il ressent des émotions et des besoins spécifiques. Si l’enfant se met à beugler dans le rayon jouets et qu’il se roule par terre, et qu’il fait ça souvent, ça peut juste vouloir dire qu’il vit dans la frustration et qu’il a besoin d’attention et qu’on le lui explique. Ca ne veut pas dire que c’est un futur adulte nerveux qui va se mettre à hurler dès qu’il a un problème. Sauf que…

 

LES CONSEQUENCES

… Sauf que la première conséquence de tout ça, c’est ce qu’on appelle la prophétie autoréalisatrice. Un enfant recherche avant tout l’amour de ses parents et des adultes qui l’entourent, dont il a besoin pour grandir et s’épanouir. En outre, les adultes représentent des exemples et tout ce qu’ils disent est considéré comme vrai chez les petits. Donc quand l’enfant entend son papa  ou sa mamie dire « rrrhhhhhooo mais tu as un sale petit caractère », il se dit que c’est le comportement qu’on attend de lui, que c’est comme ça qu’il peut être aimé. Donc il adoptera toujours un sale petit caractère. Et il continuera à avoir ce sale petit caractère toute sa vie. Pas parce qu’il a réellement un sale petit caractère. Parce qu’on lui a dit qu’il avait un sale petit caractère. C’est dommage, nan ?

Et la deuxième conséquence, c’est qu’en entendant des choses aussi aimables que « tu es mou » ou « tu ne comprends jamais rien », l’enfant perd complètement confiance en lui. Il se met à croire qu’il est mou pour tout et qu’il ne comprendra jamais rien à rien !  Adieu estime de soi, bonjour blocages et angoisses. C’est aussi dommange, nan ?

COMMENT ON FAIT ALORS ?

  • Au lieu de dire à l’enfant qu’il est comme ci ou comme ça, on décrit les faits et non sa personne : « tu as tapé le chat, c’est violent et ça le rend triste » au lieu de « tu es vraiment méchant, tu rends tout le monde triste ».
  • On transforme la petite étiquette en besoin. Quand un enfant est surexcité, il a peut être simplement besoin de se dépenser physiquement. Ou il est face à une situation qui le rend nerveux, ou vraiment hyper content et il a besoin de l’exprimer.
  • On réalise que nos réactions et comportements ne sont pas figés. Et qu’on a donc le droit de ne pas tout le temps être la même personne, qui répond à un trait de caractère prédéfini. Exemple : votre pote Juju est vraiment hyper à l’aise en public. On lui a toujours dit. Sauf quand on lui demande de parler de politique et d’économie. Donc si je tombe sur lui pendant une conférence sur la politique économique du Japon de 1939 à nos jours, je vais pas le trouver au sommet de sa force, Juju.
  • On fait la même chose avec les étiquettes qui seraient « positives ». Si on dit tout le temps à un enfant qu’il est gentil, toujours bien luné, adorable, alors il devra toujours être gentil, bien luné, agréable. Il n’osera pas dire quand ça ne va pas ou quand il n’est pas content. Total, frustration, il gardera ses émotions pour lui et un jour ça pète. Tout ça à cause d’un post-it.
  • Enfin, on évite au maximum de parler de l’enfant devant lui. Si vous voulez discuter de votre enfant, soit vous le faite AVEC votre enfant, pour qu’il prenne part à la discussion. Soit vous le faites quand il n’est pas là. Si, parfois, il dort. Et même quand il n’est pas là, je ne veux pas entendre de « mais quel paresseux ! » ou encore « mais qu’il est collant ». Je le saurai, all right ?

 

Maintenant que vous avez jeté les étiquettes des enfants à la poubelle, en arrachant deux, trois cheveux au passage, vous pouvez faire la même chose avec les vôtres.

Libérééééééé, délivréééééééééééé.Désolée.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

 

 

 

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